Censure numérique au Gabon : un coup dur pour les réseaux sociaux et la population
Le paysage numérique gabonais a basculé le 17 février 2026 lorsque la Haute autorité de la communication (HAC) a ordonné la suspension de plusieurs plateformes grand public (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube et WhatsApp) invoquant la « prolifération de fausses informations » et des menaces à l’ordre public.
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Mesure assumée
La mesure est intervenue dans un contexte politique tendu : grèves, manifestations et inquiétudes liées à des mouvements d’opinion post‑électoraux qui faisaient craindre aux autorités une « déstabilisation » par la diffusion de contenus jugés haineux ou mensongers. Au‑delà de l’annonce, des relevés techniques ont rapidement documenté l’ampleur de l’interruption. Des messages partagés sur des listes de diffusion a signalé des interférences DNS, des requêtes aboutissant à des réponses NXDOMAIN le 19 février, interprétées comme une preuve d’un blocage intentionnel visant l’accès aux plateformes.
Ces constats corroborent des observations d’enquêteurs en ligne qui ont noté un filtrage ciblé plutôt qu’une panne générale. La suspension a eu des effets immédiats pour la population. Coupure des canaux d’information et de mobilisation, perte de revenus pour les petites entreprises qui utilisent ces réseaux pour vendre et communiquer, et montée des inquiétudes des ONG et d’acteurs internationaux sur la liberté d’expression et le droit à l’information. Le gouvernement a par ailleurs indiqué que des contacts avaient été pris avec certaines plateformes, Meta n’a cependant pas confirmé publiquement ces échanges.
La riposte silencieuse : comment contourner la censure
La réaction des internautes a été quasi instantanée. Téléchargement massif d’applications de réseau privé virtuel (VPN) et recours à des outils de contournement. Les fournisseurs et observatoires externes ont fait état d’une augmentation spectaculaire des inscriptions et des téléchargements depuis le Gabon dans les jours qui ont suivi l’annonce. Proton VPN a signalé une hausse extraordinaire des inscriptions en provenance du pays, et plusieurs médias spécialisés ont documenté des pics de téléchargements d’apps VPN et une forte progression des requêtes du terme « VPN » sur les moteurs de recherche.
Techniquement, un VPN chiffre la connexion et la redirige via un serveur hors du pays, rendant inefficace le filtrage DNS et permettant d’accéder aux plateformes bloquées. Les stores d’applications gabonais ont rapidement classé plusieurs VPN parmi les plus téléchargés. C’est le signe d’une adoption massive et d’une appropriation rapide par des internautes et de petites entreprises dépendantes des réseaux sociaux pour leurs activités. Ce contournement n’est pas sans risques : exposition à des services non fiables, perte de vitesse et, surtout, incertitude juridique. Les textes gabonais sur la cybersécurité restent flous quant au statut légal de l’usage de VPN en période d’état d’urgence ou restriction « pour ordre public ». Des utilisateurs contactés via forums et réseaux privés rapportent prudence et anonymisation renforcée, mais aussi la peur de représailles en cas d’identification.
À court terme, l’essor des VPN atténue l’effet immédiat de la censure, à moyen terme, il modifie le paysage numérique gabonais en favorisant des pratiques d’évitement techniques et une course entre filtrage et contournement, à long terme ce serait un moyen de préservation de la liberté d’expression et d’accès à l’information. Avec des enjeux politiques forts, combien de temps le gouvernement peut-il maintenir la pression et contrôler les réseaux.
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